[FRA] Cartographie de la discrimination en Europe
L’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne (FRA) publie les résultats de son enquête menée auprès de plus de 23 000 personnes appartenant à des groupes de minorité ethnique et d’immigrés. L’enquête porte sur leur vécu en matière de discrimination, de crime raciste et de maintien de l’ordre dans l’UE. Les résultats apportent des preuves choquantes de la discrimination à laquelle sont confrontées quotidiennement les minorités. À la veille de l’année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale, la FRA réclame des politiques ciblées visant à combattre la marginalisation de ces groupes. Le Centre reprend ci-dessous les principaux résultats de l’enquête pour la Belgique
Selon Morten Kjaerum, le directeur de la FRA: «Les résultats de l’enquête EU-MIDIS révèlent les graves difficultés qui attendent un grand nombre de personnes appartenant à des groupes de minorité ethnique et d’immigrés lorsqu’ils veulent avoir accès aux services les plus fondamentaux, notamment en matière d’enseignement. Les acteurs à tous les niveaux, depuis les gouvernements jusqu’aux fournisseurs de service, doivent exploiter les résultats de cette étude pour développer des politiques ciblées pour empêcher que ces groupes ne soient exclus des sociétés européennes.»
Discrimination en Belgique: aperçu des principaux résultats de l’enquête
Pour la Belgique, l’étude se base sur des interviews avec des personnes d’origine turque et nord-africaine à Bruxelles et Anvers, réalisées entre avril et juillet 2008). Les chiffres concernent l’expérience des répondants au cours des 12 derniers mois
Vie quotidienne
Parmi les répondants belges, 18% ont été confrontés à de la discrimination en raison de leur origine dans leur recherche d’un emploi. Si l’on considère les chiffres des 5 dernières années, ce taux s’élève à 34%. Seule l’Italie réalise un moins bon score, sur cette même période, en Europe. 10% des répondants ont expliqué que leurs enfants ou eux-mêmes ont subi des comportements discriminatoires de la part du personnel de l’enseignement et 10% ont également subi ce genre de comportements alors qu’ils se rendaient dans des commerces. 73% estiment que leur origine forme une barrière dans un contexte de promotion professionnelle.
Victimes de délit
Un répondant sur 5 en Belgique a été victime d’un délit au moins une fois au cours des 12 derniers mois. Les membres de groupes minoritaires, souvent considérés comme des délinquants eux-mêmes, peuvent manifestement être victimes de manque d’assistance, de protection et de soutien.
Contrôles de police
Environ la moitié des répondants en Belgique ont le sentiment d’avoir été interpellés par la police expressément en raison de leur appartenance à une minorité ethnique, ce qui fait naître, chez eux le sentiment que la police leur applique un traitement discriminatoire.
Conscience des droits
L’enquête met en évidence le manque de connaissance des législations antidiscrimination au sein des groupes de minorités ethniques et d’immigrés.
En Belgique, seuls 17% des répondants sont conscients qu'il existe une législation qui interdit toute discrimination à l'égard des personnes sur la base de leur caractère ethnique dans les magasins, restaurants, bars ou clubs. Cependant, l’existence et les fonctions du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme sont relativement bien connues : seuls 41% des répondants d’origine nord-africaine ne connaissaient pas le nom du Centre.
«Ça ne changera rien»
82% des personnes qui, dans l’ensemble de l’Europe, ont été victimes de discriminations au cours des 12 derniers mois n’ont signalé leur expérience la plus récente en termes de discrimination ni sur les lieux où ces actes discriminatoires ont été commis, ni auprès d’une autorité compétente. La principale raison qui pousse les gens à ne pas signaler de tels actes est leur conviction que «ça ne changera rien». Cette absence de signalement indique que les chiffres officiels sur la discrimination raciale ne montrent que la «partie émergée de l’iceberg» et ne représentent pas la véritable ampleur du problème. On peut en outre supposer que les personnes commettant des actes discriminatoires peuvent agir en toute impunité puisqu’elles ne sont pas poursuivies en justice.
Extraits du rapport – quelques chiffres sur la Belgique
- Base du rapport: interviews avec des personnes d’origine turque et nord-africaine à Bruxelles et Anvers (avril-juillet 2008) (p.21)
- 18% des répondants ont été confrontés à du racisme et de la discrimination sur base de leur origine lorsqu’ils étaient à la recherche d’un emploi (lors des 12 derniers mois, le taux grimpant à 34% sur les 5 dernières années). Parmi les 27 Etats membres, ce taux est plus haut seulement en Italie (p. 139)
- 10% ont été confrontés à de la discrimination au travail, à l’école, dans l’horeca et dans les commerces (p.139)
- Les répondants ne relèvent pratiquement pas de discrimination sur base de l’origine dans le secteur bancaire (p.139)
- 39% des personnes d’origine nord-africaine ont le sentiment de ne pas être traitées de manière respectueuse dans leurs contacts avec la police. (p.18)
- Par rapport à la moyenne européenne, les personnes d’origine nord-africaine en Belgique et en France signalent de manière plus systématique les incidents de discrimination dont ils sont victimes (34% en Belgique, 37% en farnce) (p.50)
- 76% pensent que la discrimination sur base de l’origine est très répandue (p.136)
- 75% pensent que la discrimination sur base de la religion est également très répandue en Belgique (p.136)
- 73% pensent que leur origine étrangère constitue un obstacle à une promotion professionnelle (p.137)
- Les répondants en Belgique et en France ont une meilleure connaissance de l’existence d’un organisme de promotion de l’égalité dans leur pays que les répondants des autres Etats membres (mais malgré cela, en Belgique, 79% ignorent l’existence d’un tel organisme).
- Seuls 41% des répondants d’origine nord-africaine en Belgique n’avaient pas entendu parler du Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme (p.137)
- Seuls 17% des répondants sont conscients qu'il existe une législation qui interdit toute discrimination à l'égard des personnes sur la base de leur origine dans les magasins, restaurants, bars ou club ou les protègent pour la location/l’achat d’un appartement (soit le score le plus bas dans l’UE (la France ayant le score le plus élevé de 55-57%) (p.138)
Plus d’infos ?
Consulter le site http://fra.europa.eu/eu-midis/
- «EU-MIDIS: Main Results Report» (EU-MIDIS: Rapport sur les principaux résultats)
- «EU-MIDIS at a glance» (EU-MIDIS en un coup d’oeil)
- «Data in Focus Report 1 – the Roma» (Données en bref – Premier rapport | Les Roms)
- «Data in FocusReport 2 – Muslims» (Données en bref – Deuxième rapport | Les Musulmans)
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