Interdiction du foulard dans deux athénées d’Anvers:
25/06/2009
Le politique doit prendre ses responsabilités
Les directions des Athénées d’Anvers et Hoboken ont fait savoir cette semaine que le port de signes d’appartenance convictionnelle ne serait plus autorisé dans leurs établissements respectifs dès la rentrée prochaine. La communauté musulmane a réagi en protestant et des élèves musulmanes ont immédiatement affirmé qu’elles ne s’inscriraient plus dans ces écoles. Le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme a déjà enregistré plusieurs signalements relatifs à ces faits. Il appelle à un débat large et serein dans lequel le politique s’engage et ne laisse plus la responsabilité de ce choix aux seules écoles.
La polémique qui entoure le port de signes convictionnels à l’école ne porte pas sur la seule décision des deux établissements anversois. Elle ne date pas non plus d’hier. Jusqu’à présent, la réponse du monde politique a été de ‘confier’ la question directement aux écoles en leur laissant une autonomie de décision, tant en Communauté flamande qu’en Communauté française. Dans les faits, cette politique s’est traduite par une interdiction croissante du port de signes d’appartenance convictionnelle, à tel point que cette interdiction est aujourd’hui devenue la norme. La décision des directions d’école n’a pas de conséquences qu’au sein de leurs établissements respectifs. Elle a des effets pervers sur les autres écoles et l’ensemble du système d’enseignement, les jeunes filles portant le voile se concentrant dans les seuls établissements qui continuent à autoriser le port de signes religieux. Or on ne peut ignorer les questions de prosélytisme que cela pose ainsi que d’autres préoccupations telles que l’égalité hommes-femmes, la neutralité de l’enseignement…
La situation des athénées anversois dont il est aujourd’hui question dans les médias illustre parfaitement le goulot d’étranglement auquel on a abouti aujourd’hui sur le terrain. L’Athénée Royal d’Anvers était réputé pour sa politique pédagogique ouverte et axée sur la diversité. Au-delà de la question de la légitimité de la décision prise cette semaine, dont il faut encore analyser le contexte, cette situation démontre donc avant tout que le système actuel a atteint ses limites.
“L’autonomie laissée aux écoles quant à l’autorisation ou l’interdiction du port de signes d’appartenance convictionnelle n’est pas une solution à long terme. Elle engendre frustrations et confusion”, explique Edouard Delruelle, directeur francophone du Centre. “Les écoles, les élèves et leurs parents sont en droit d’exiger plus de clarté. Le Centre appelle les acteurs politiques concernés à prendre leurs responsabilités et tout d’abord à organiser un large débat qui ose remettre en question ce principe d’autonomie. Il est aujourd’hui devenu presque impossible de débattre sereinement de la question du foulard. Il faut pouvoir repenser l’approche qui a, jusqu’à présent, été privilégiée en Belgique. Vouloir résoudre le problème à coup de règlements d’ordre intérieur n’est plus souhaitable”.
N’oublions pas dans ce débat que la liberté de manifester ses convictions, même si elle n’est pas absolue, est un des fondements de notre société démocratique. Cela veut dire qu’interdire doit rester l’exception. Et que toute interdiction doit être circonscrite et justifiée. La définition de ces limites ne peut pas être le fait de décisions individuelles. C’est pourquoi il est nécessaire de rassembler tous les acteurs concernés autour de la table, afin de trouver un équilibre respectueux des attentes légitimes des élèves et des écoles. Il faut éviter que le débat ne s’emballe ou ne se radicalise de part et d’autre. A ce titre, le Centre déplore vivement les propos tels que ceux tenus par l’imam Nordin Taouil encourageant les musulmans à ne pas envoyer leurs enfants à l’école en septembre.
Plus d’infos :
Le Centre rappelle qu’il est à la disposition des parties concernées pour toute demande d’information à ce sujet, et qu’il publiera en novembre un important outil d’informations et de recommandations au sujet du port des signes convictionnels. Trois domaines seront particulièrement investigués : l’emploi, l’école et les services publics.