Comment la discrimination est-elle perçue par les musulmans ?

28/05/2009

Second rapport EU-MIDIS de la FRA

L’Agence des droits fondamentaux (FRA) de l’Union européenne, organe créé en vue d’assister les Etats membres et les institutions européennes en matière de droits fondamentaux, publie ce jeudi 28 mai son second rapport EU-MIDIS. Ce rapport s’intéresse à la perception de la discrimination par les personnes se définissant comme musulmanes. Il fait partie d’une étude plus large portant sur la perception de la discrimination des personnes issues de l’immigration et des minorités ethniques dans la vie quotidienne (EU-MIDIS, ou European Union Minorities and Discrimination Survey)[1]. Notons que ces enquêtes se basent sur la « perception » de la discrimination et non sur des faits avérés de discrimination[2].

 

 

La FRA identifie les tendances suivantes :

 

 

  • En moyenne, une personne interrogée sur trois se considère comme ayant été discriminée au cours des 12 derniers mois. En Belgique, les proportions sont de 33% pour les personnes musulmanes d’origine nord-africaine interrogées et de 20% pour les personnes musulmanes d’origine turque interrogées.
  • Les jeunes musulmans (16 – 24 ans) constituent le groupe qui a vécu le plus de discrimination par rapport aux autres tranches d’âges.
  • 79% des personnes interrogées ne font pas état de ces expériences de discrimination et de racisme auprès d’un organisme compétent, même lorsqu’il s’agit d’incidents violents. Cette tendance est plus marquée parmi les jeunes et les personnes installées depuis peu en Europe. Motifs cités : « ça ne changerait rien » (59%), « ce n’est pas la peine, ça arrive tout le temps » (38%), « je ne sais pas où m’adresser » (33%).
  • La discrimination est plus particulièrement ressentie sur le marché de l’emploi mais touche également d’autres secteurs de la vie quotidienne (logement, biens et services…)
  •  

 

Le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme souhaite pointer trois constats de ce rapport.

 

 

1. Le premier constat porte sur l’écart extrêmement large entre le nombre de faits de discrimination rapportés, autrement dit les statistiques officielles, et la discrimination ordinairement vécue et ressentie par les personnes musulmanes. Les signalements reçus par le Centre ou d’autres organismes reflètent certaines tendances, mais ils ne permettent pas de réellement mesurer la discrimination en Belgique.

 

 

Ce constat doit être complété en précisant qu’il est souvent difficile de différencier racisme et discrimination fondée sur la religion. A échelle européenne, 51% des personnes musulmanes interrogées pensent que la discrimination sur base de la religion ou de la croyance est ‘très’ ou ‘assez’ répandue. Mais 10% seulement des personnes interrogées considèrent que la discrimination qu’elles ont vécue était uniquement due à leur conviction religieuse. Comme l’étude le souligne, le glissement entre discrimination raciale et discrimination religieuse n’est pas nécessairement clair.

 

 

2. Le deuxième constat porte sur la méconnaissance des lois et des organes visant à lutter contre le racisme et les discriminations. En Belgique, seuls 11,2% des répondants d’origine turque connaissent une organisation susceptible de les assister. La proportion est de 20% parmi les répondants d’origine nord-africaine. En outre, 51% des répondants d’origine turque et 42% des répondants d’origine nord-africaine ne savent pas que la discrimination fondée sur l’origine est interdite sur le marché de l’emploi.

 

 

« Ca ne veut pas dire que le Centre et les associations de terrain ne font pas leur boulot, mais bien qu’il reste du pain sur la planche », indique Edouard Delruelle, directeur francophone du Centre, qui relève notamment la difficulté de relayer les informations vers les publics ciblés. « Le fait que l’information n’atteigne pas les personnes les plus vulnérables, c’est le talon d’Achille du dispositif antidiscrimination. Ceci dit, les liens entre les acteurs de lutte contre la discrimination se tissent de mieux en mieux. Les ‘points de contact discrimination’ se multiplient, à l’initiative notamment des Régions et Communautés et en collaboration avec le Centre.»

 

 

3. Le troisième constat, lié en partie au second, porte sur la méfiance vis-à-vis des institutions publiques. La police est plus particulièrement pointée du doigt. Près d’1 répondant sur 4 a subi un contrôle de police (ou une arrestation) au cours des 12 derniers mois. Ce « contact » avec la police est souvent perçu par les répondants comme étant uniquement dû à leur origine (c’est l’opinion de 57% des répondants d’origine nord-africaine concernés et de 37% des répondants d’origine turque concernés). « Des formations tant à l'école fédérale que dans les zones de police sont organisées par le Centre, en étroite collaboration avec la Direction de la formation de la police fédérale, précise Edouard Delruelle. Elles portent sur les stéréotypes et les préjugés, sur les lois antiracisme et antidiscrimination ainsi que sur les constats d’actes discriminatoires et la question de l’enregistrement des délits racistes ou des crimes de haine. Il s’agit d’éviter un double problème : d’une part, que les membres des forces de l’ordre se rendent eux-mêmes coupables de racisme et de discrimination, d’autre part que les agents négligent de constater les incidents à caractère raciste », explique encore le Centre.

 

 

Le rapport recommande, au niveau du développement des politiques luttant contre les discriminations, de s’intéresser plus particulièrement à l’impact que celles-ci ont pour les personnes musulmanes. Le Centre est concerné par cette question et travaille à mieux identifier la discrimination sur base de la religion. Rappelons que la religion est un critère protégé par la législation de lutte contre la discrimination (loi du 10 Mai 2007).


 

 

Références de l’étude:

Data in Focus Report | Muslims, EU-MIDIS, European Union Agency for Fundamental Rights (FRA), 2009. Téléchargeable sur: http://fra.europa.eu/eu-midis

 

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1 Un premier rapport a été diffusé en avril dernier (voir Communiqué du Centre, 22 avril 09).
2

Pour la Belgique, ce sont les communautés d’origine nord-africaine et turque de Bruxelles et d’Anvers qui ont été sondées par la FRA.

 

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