Le Centre publie une enquête sur la tolérance
« Je ne suis pas raciste, mais … »
Dans le cadre de la Journée internationale de lutte contre le racisme, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme (Centre) présente aujourd’hui les résultats d’une étude sur la tolérance des Belges envers les principales minorités ethniques vivant dans notre pays : les Maghrébins, les Turcs, les Africains subsahariens et les Européens de l’Est.
L’enquête montre qu’il persiste dans la population belge un grand nombre de sentiments négatifs et de préjugés ethnocentriques, xénophobes, voire racistes.
Le Centre a confié à l’Institut IPSOS la réalisation de cette enquête sur « la tolérance des Belges envers les minorités ethniques ». Cette enquête qualitative par entretiens, menée sur un échantillon de 1.393 personnes, mesure les attitudes des Belges envers la diversité ethnoculturelle, ainsi que les sentiments, comportements et idées négatives (racistes, xénophobes, ethnocentriques) ou positives (tolérance, confiance, etc.) envers les minorités ethniques.
La tolérance ?
Si une majorité relative des personnes interrogées (42%) sont tolérantes envers les minorités ethniques, 31% des personnes interrogées manifestent une intolérance envers les minorités ethniques. Chiffres plus inquiétants : 33% pensent que certaines races sont plus douées que d’autres ; 60% des répondants ont indiqué que, dans certaines circonstances, des réactions racistes pouvaient être justifiées ; 40% environ pensent que les groupes minoritaires viennent en Belgique pour profiter de la sécurité sociale, et 50% que les problèmes de criminalité se sont aggravés en Belgique suite à leur arrivée, etc.
Evidemment, on peut aussi trouver des motifs de satisfaction. 55% des répondants ont indiqué que la présence de différentes cultures constitue un enrichissement pour notre société. Près de la moitié déclarent avoir eu des expériences positives avec des membres des minorités ethniques, et pensent préférable pour un pays que plusieurs religions coexistent, etc.
Néanmoins, cette enquête montre clairement qu’il persiste dans la population belge un grand nombre de sentiments négatifs, de peurs, et de préjugés que l’on peut qualifier d’ethnocentriques, de xénophobes, voire de racistes. Evidemment, le tableau n’est pas homogène : de l’intolérance radicale à la tolérance militante, il y a toutes sortes de nuances qui s’expriment à travers des sentiments plus ambivalents ou hésitants.
‘Vivre avec l’autre permet de le connaître et de l’accepter’
« La conclusion la plus frappante, explique Edouard Delruelle, Directeur francophone du Centre pour l’égalité des chances, est que la tolérance envers les minorités ethniques est d’autant plus grande que l’on est en contact régulier, voire quotidien avec des gens issus de ces minorités. Vivre avec l’autre permet de le connaître et de l’accepter. Cela peut paraître une évidence, mais va à l’encontre du préjugé selon lequel la diversité culturelle crée plus de tensions et des difficultés. On voit très clairement que les populations qui vivent dans un contexte multiculturel, comme à Bruxelles par exemple, ont une perception plus positive des minorités ethniques ».
Autre conclusion : les Belges admettent que notre société est, de fait, multiculturelle ; mais ils éprouvent encore des difficultés à accepter cette diversité, et 61% pensent qu’en pratique, la société ne peut supporter la diversité. Et une large majorité (75%) mettent en tout cas à cette diversité des conditions, certaines que l’on peut contester (par exemple, que les minorités devraient réserver leurs pratiques culturelles à la seule sphère privée), d’autres qui sont légitimes (respect des lois, volonté de travailler, connaissance d’une au moins des langues nationales, etc.).
Selon Edouard Delruelle, « la promotion et la gestion de la diversité ethno-culturelle est de la responsabilité de tous : des pouvoirs publics en effet, des groupes minoritaires, mais aussi de la population d’accueil, c’est-à-dire en fin de compte de chacun d’entre nous ! ».
L’enquête montre que l’acceptation de la diversité dépend largement de la fréquence et de la qualité des contacts entre groupes culturels. « C’est pourquoi il faut encourager toutes les pratiques d’harmonisation culturelle sur le lieu de travail, dans les services publics, à l’école, dans les quartiers, etc. », conclut Edouard Delruelle.
07/05/2009
Le lien ci-dessous donne accès à la version intégrale et corrigée du rapport Ipsos. Quelques fautes rédactionnelles ont été corrigées et quelques tableaux ont été adaptés pour une meilleure lisibilité. Ipsos avait introduit dans le rapport initial une variable ‘conviction politique’ basé sur deux donnés : 1. la vote qu’on précédentes et 2. L’affiliation à une mutuelle. Etant donné la légèreté de ces critères et dans une volonté d’approche rigoureuse, le Centre a demandé de supprimer cette variable ‘conviction politique’. Finalement un tableau intéressant a été ajouté sous le point 4 Sentiments par rapport aux propres groupes démographiques et aux groupes démographiques étrangers de la partie quantitative du rapport. Ce tableau montre les réponses à la question traitée sous le point 4, croisées avec le variable ‘habitat’ (rural vs urbain).
Le volet quantitatif de l’étude Ipsos a été précédé par un volet qualitatif dont le but était d’affiner le questionnaire. Le compte rendu et les constats de ce volet qualitatif ont été ajoutés.
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